ENTRETIEN ÉMOUVANT
DE NGUYEN PHU TRONG AVEC FIDEL
La
Rénovation n’a pas
été une tâche facile
• A affirmé Nguyen Phu Trong,
secrétaire général du
Comité central du Parti communiste du Vietnam dans une
interview accordée à Granma. Le dirigeant vietnamien
s’est entretenu avec Fidel
Lazaro Barredo
Medina et
Claudia Fonseca Sosa
JUSTE avant d’accorder cette interview à Granma dans
la soirée du mercredi 11, le camarade Nguyen Phu Trong,
secrétaire général du Comité central du Parti communiste
vietnamien, s’était entretenu avec le leader de la
Révolution cubaine Fidel Castro, et il a commencé par
nous livrer ses impressions sur cette rencontre.
« Je
viens de rencontrer le camarade Fidel ; nous nous sommes
entretenus pendant près de deux heures. Si nous avions
disposé de plus de temps, nous aurions certainement
continué cet entretien.
« Aujourd’hui, j’ai trouvé un Fidel beaucoup plus en
forme par rapport à notre première rencontre en 2010.
L’entretien a été très cordial et très intéressant, sans
aucun protocole. Nous étions comme deux frères qui
habitent la même maison. Fidel a tenu mes mains dans les
siennes pendant plusieurs minutes et m’a exprimé sa
satisfaction. Nous, les Vietnamiens, avons un grand
respect pour Fidel et pour son peuple. Fidel n’a pas
seulement abordé des sujets politiques, il a également
parlé de science et de technique.
« Il a évoqué son voyage au Vietnam en 1973. Il m’a
parlé du discours que j’ai prononcé hier lors du meeting
sur le quai Haï Phong de La Havane, et des profonds
liens d’amitié entre Cuba et le Vietnam.
« À mon arrivée, il avait sur sa table le document de
la conférence que j’ai donnée à l’École supérieure du
Parti « Nico Lopez ». Il s’est intéressé au nombre de
copies qui avaient été faites et au nombre de cadres
politiques qui avaient participé à cette réunion.
« Il
a qualifié mon discours de suggestif et correct, avant
d’attirer l’attention sur certaines Orientations de la
politique économique et sociale cubaine qui coïncident
avec des politiques appliquées par le Vietnam. Il m’a
demandé mon avis, et il a déploré le fait qu’aujourd’hui
beaucoup sont ceux qui se limitent à écouter, au lieu de
réfléchir.
« Fidel m’a dit qu’il avait suivi ma visite à travers
les médias. Il m’a demandé mes impressions et il s’est
enquis de la visite dans la province de Pinar el Rio. Il
m’a demandé des détails sur le développement agricole au
Vietnam.
« Il s’est également intéressé à notre programme de
visite dans plusieurs pays d’Amérique latine, et, à ma
grande surprise, il s’est souvenu que mon anniversaire
tombait le 14 avril, et m’a demandé où je serais ce jour-là.
Comme toujours, il a fait preuve d’une intelligence
clairvoyante et perspicace, et chacune de ses réflexions
repose sur des études et une méthodologie très claire,
très scientifique. Nous sommes convaincus que les
dirigeants doivent posséder ces qualités, être concrets ».
LES STRATÉGIES DE LA RÉNOVATION SOCIALISTE
Le dirigeant vietnamien nous a ensuite donné une
brève explication des principaux pas franchis par son
pays dans le cadre de sa politique de Rénovation.
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Nguyen Phu
Trong (le deuxième à gauche) dans une
entreprise rizicole cubano-vietnamienne dans
la province de Pinar del Rio. |
« En 1986, au moment où le Vietnam a commencé à
appliquer son programme de Rénovation (Doi Moi),
beaucoup ont pensé que nous prétendions renoncer au
socialisme. Vingt-six ans se sont écoulés depuis, et
l’histoire s’est chargée de prouver le contraire, car à
travers nos expériences, en conjuguant les arguments
théoriques et scientifiques du marxisme-léninisme et de
la pensée de Ho Chi Minh, nous sommes arrivés à la
conclusion que seul le socialisme est capable de
préserver l’indépendance nationale, la prospérité et le
bien-être du peuple.
Sous la direction du Parti communiste, le peuple
vietnamien a su adapter les transformations économiques
au contexte historique et aux besoins concrets du pays
tout en préservant sa stabilité politique. Le Vietnam a
enregistré des progrès sociaux et économiques importants
qui le rapprochent de plus en plus de son objectif de « construire
un Vietnam dix fois plus beau ».
« Pour transformer en réalité le rêve de Ho Chi Minh,
nous avons dû surmonter plusieurs obstacles, avancer
sans prendre de décisions à la hâte. Notre Parti est
conscient que la transition vers le socialisme est une
œuvre de longue haleine, difficile et compliquée.
« Le processus Doi Moi n’a pas été simple. Des années
80 à nos jours, nous avons parcouru pas mal de chemin.
De 1981 à 1985, nous avons vécu l’étape que nous
pourrions appeler de pré-Rénovation, au cours de
laquelle nous avons effectué diverses expériences, en
maintenant un équilibre entre théorie et pratique, nous
avons tiré des conclusions. Ce n’est qu’en 1986 que nous
avons défini la politique de Rénovation. Entre les
années 1980 et 1981 nous avons commencé à distribuer des
terres aux paysans, mais ce n’est qu’en 1986 que le 6e
Congrès de notre Parti, et en particulier avec la
Résolution No 10, transféra aux foyers agricoles la
responsabilité de la production et de la
commercialisation des denrées agricoles.
« À partir de là, notre développement agricole s’est
accéléré, et permettez-moi de vous dire, à titre
d’exemple, qu’obtenir un rendement annuel de 47 millions
de tonnes de riz par an nous a coûté beaucoup d’efforts.
Cela a été un travail de longue haleine.
« Jusqu’à 1989, nous avions été obligés d’importer du
riz pour satisfaire la demande de la population. Cette
même année, non seulement nous avons assuré notre
autosuffisance en riz, mais nous sommes parvenus à
exporter notre premier million de tonnes.
« On a eu à peu près la même chose au plan
industriel. Entre 1981 et 1982, nous avons commencé à
éliminer le système bureaucratique, mais les politiques
à suivre à cet égard n’ont été adoptées qu’en 1986. Ce
n’est qu’à partir de 1991 qu’on a commencé à parler
d’économie à plusieurs composantes, et d’économie de
marché à orientation socialiste. À cette époque, nous
avons aussi subi le blocus des États-Unis (pendant 20
ans), et on ne pouvait pas encore parler d’intégration
économique internationale.
« Ceci sans compter de nombreux autres problèmes
comme les séquelles des guerres. Je pourrais signaler à
titre d’exemple qu’aujourd’hui encore des millions de
personnes au Vietnam souffrent de maladies incurables ;
des centaines d’enfants naissent avec des malformations
provoquées par l’agent orange, un défoliant utilisé par
les troupes US dans les forêts tropicales pendant la
guerre. D’après les spécialistes, le Vietnam a encore
besoin de 100 ans pour pouvoir se débarrasser
complètement des bombes et des mines qui y sont
enterrées. Comme je l’ai dit à la Conférence à l’École
du Parti « Ñico Lopez », rien que dans la province de
Quang Tri, que le camarade Fidel Castro visita en 1973,
des milliers et des milliers de bombes et de mines, qui
n’ont pas explosé, sont enfouies dans 45% des terres
agricoles.
« Ceci pour donner une idée des tâches difficiles que
nous devons mener à bien avec la Rénovation. Mais le
plus difficile, c’est de changer la mentalité générale
et individuelle au Vietnam. Nombreux sont ceux qui ont
pensé que les transformations nous écarteraient du
socialisme. Certains ont même parlé de déviations,
d’autres sont plus conservateurs. Le Vietnam n’a pas
seulement enregistré des résultats économiques
significatifs en ces 25 ans, il a su aussi mieux
résoudre des problèmes sociaux que les pays capitalistes
ayant le même niveau de développement. La preuve en est
qu’en 1986 le taux de pauvreté était de 75% et qu’en
2010 il a été réduit à 9,5%. La Rénovation a amené des
changements très positifs, le niveau de vie du peuple
s’est nettement amélioré, ce qui est reconnu par les
Nations unies, qui considèrent le Vietnam comme l’un des
premiers pays ayant atteint les objectifs du millénaire.
« Pendant mon séjour à Cuba, j’ai pu m’entretenir
avec plusieurs dirigeants, et il me semble que vous
vivez cette même étape. Le changement de mentalité doit
s’opérer à tous les niveaux, du sommet jusqu’à la base.
« La consolidation de la Rénovation est une question
que nous avons abordée lors du récent 11e Congrès du
Parti, et en ce qui concerne les objectifs à long terme,
il est bon se signaler que le Vietnam entend devenir un
pays essentiellement développé en 2020. Notre stratégie
de développement depuis 2011 à ce jour doit se baser sur
trois principaux piliers : le développement de
l’infrastructure, les ressources humaines et la réforme
institutionnelle.
« Bien entendu, nous devons relever encore des défis
dans les sphères de l’économie et de l’intégration
internationale, ainsi que dans les services sociaux, où
nous connaissons quelques limitations. Mais nous devons
travailler, comme je l’ai dit à la Conférence, à l’École
du Parti, conscients que le principal danger pour un
Parti au pouvoir c’est la corruption, le bureaucratisme,
la dégradation, surtout dans les conditions d’une
économie de marché. Le Parti communiste du Vietnam fait
l’objet d’une constante auto rénovation, d’une constante
auto rectification et il lutte énergiquement contre
l’opportunisme, l’individualisme, la dégradation dans
ses rangs et dans tout le système politique. »
LES LIENS BILATÉRAUX
Durant son séjour dans l’île, le camarade Nguyen Phu
Trong s’est félicité de l’excellence des relations entre
Cuba et son pays qu’il a qualifiées de symbole de
l’époque. Comment sont les liens entre les deux partis ?
Quels sont les projets de coopération au terme de cette
visite ?
« Les deux partis sont le fruit de processus
révolutionnaires et de la fusion de différentes
organisations politiques. C’est un point sur lequel Cuba
et le Vietnam coïncident pleinement.
« Nos deux pays ont un système unipartite. Cuba et le
Vietnam ont emprunté une voie socialiste de
développement. Nous suivons le legs de nos prédécesseurs,
associé au marxisme-léninisme. Nous sommes deux peuples
fermes et très courageux dans la lutte. Nos partis ont
établi très tôt des liens d’amitié, de solidarité et de
coopération. Et nous suivons cette même logique :
défendre nos révolutions respectives. Si bien que notre
union est très étroite.
« Très tôt nous avons eu des échanges d’expériences,
de travail, de direction, et nous avons coopéré ensemble
à différentes tribunes et auprès d’organismes
internationaux, en défendant nos causes. En 2011, nos
deux pays ont tenu leurs Congrès du Parti, et au terme
du nôtre nous avons envoyé un fonctionnaire à Cuba pour
informer de ses résultats. Le camarade Raul a également
proposé de nous envoyer quelqu’un pour nous faire part
des résultats du Congrès du PCC.
« Aujourd’hui, le Vietnam poursuit sa politique de
Rénovation et Cuba applique sa stratégie d’actualisation
du modèle économique. Nos deux pays suivent la voie
socialiste. Nous avons beaucoup de similitudes, même
s’il existe des conditions et des particularités
historiques concrètes. Il n’y a rien qui puisse empêcher
le développement des relations entre nos deux partis.
« Pendant notre séjour à Cuba, il a été convenu
d’augmenter les échanges de délégations, ainsi que les
rencontres bilatérales, ainsi que les échanges
d’expériences.
« Nous allons organiser des séminaires, des ateliers
à niveau des pays et des partis. Nous souhaitons
continuer de renforcer cette amitié, cette compréhension
mutuelle et respectueuse, afin de consolider cette
relation de fraternité avec des pas fermes dans la voie
que nous avons choisie, en faveur de l’indépendance
nationale et du socialisme ».
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