« Virgiliando », de
José Milian
Mireya Castañeda
REMERCIONS l’arrivée des centenaires… On en célèbre
plusieurs en 2012, parmi les plus importants, celui de
Virgilio Piñera (1912-1979), poète, romancier et
dramaturge.
Plusieurs mises en scène de ses œuvres par des
groupes de théâtre sont à l’affiche, ainsi que la
publication de nombreuses œuvres de Virgilio Piñera et
sur cet auteur. Considéré comme le créateur du théâtre
moderne dans l’île, Piñera a incontestablement marqué le
théâtre cubain.
Parmi ces textes, signalons Virgiliando (Éditions
Alarco), du dramarturge José Milian, prix national de
Théâtre 2008.
On trouve dans Virgiliando la pièce de théâtre Si vas
a comer, espera por Virgilio (Si tu dois déjeuner,
attends Virgilio), ainsi qu’un journal de mémoires qui
donne son titre à l’ouvrage qui est, selon le
commentaire de la quatrième de couverture, « une
sorte de journal d’une amitié » : celle de l’auteur avec
Virgilio Piñera, du début des années 60, à la grisaille
des années 70 jusqu’à la contemporanéité. Un témoignage
d’amitié conservée dans ces pages pour que ni l’oubli ni
le temps ne lui fasse ombrage ».
Citons plutôt José Milian : « Virgiliando est un jeu
entre le souvenir et la représentation de cette époque
ou de ces expériences vécues avec une des figures
majeures des lettres cubaines. Mais aussi… une promenade
dans la mémoire de cette Havane que nous ne pouvons
décrire que lorsque nous l’avons connue intimement »
(Chapitre 31).
L’auteur de Vade retro, Otra vez Jehova con el cuento
de Sodoma, Juana de Belciel mas conocida por Madre Juana
de los Angeles, Y quién va a tomar café? ou Las
mariposas saltan al vacio, précise : « J’ai voulu écrire
quelque chose sur Virgilio qui ne soit pas seulement un
recueil d’anectodes. Peut-être une appréciation. Mais
presque tout le monde m’a devancé. Il ne s’agit pas
d’être original, pas du tout, mais de proposer une
vérité utile, qui permette de se forger une image vraie»
(Chapitre 25).
Le lecteur apprécie ce volume de la Collection La
Selva Obscura où José Milian montre sans fard leurs
conversations, ses rencontres avec l’auteur de Aire frio
ou d’Electra Garrigo, un maître qui le stimulait par ses
commentaires sur la technique et qui l’encourageait.
C’est ainsi qu’il apparaît dans le chapitre 25.
Milian cite Virgilio Piñera : « La systématicité est ce
qui te donne du métier. C’est là que tu apprends à
évaluer ce qui t’es utile ou pas. À une heure précise de
la matinée je m’assois et elle (l’inspiration) doit
venir travailler. Je la maîtrise ! »
Cette deuxième partie de Virgiliando nous offre des
souvenirs de l’amitié de José Milian avec l’intellectuel,
et avec ces anecdotes, « il laisse le lecteur libre de
se construire son propre Virgilio, et … il est là, dans
celui que chaque personne invente ».
L’ouvrage commence par la pièce de théâtre Si vas a
comer espera por Virgilio, devenue un des classiques du
théâtre contemporain cubain, écrit par José Milian.
Les spectateurs de la mise en scène, au Petit théâtre
de La Havane, dirigé par José Milian, auront apprécié
l’efficacité de la bande sonore, le design des lumières,
la scénographie et les costumes (de Milian). Quant à la
dramaturgie, soulignons la combinaison de dialogues
précis, une bonne construction dramatique, et un jeu
d’acteurs remarquable. Un spectacle d’une facture
artistique exceptionnelle.
Cette pièce ajoutée aux mémoires nous rapproche de
Virgilio Piñera.
Qu’est-ce que Virgiliando ? José Milian nous donne la
réponse : « C’est une sorte de journal, mais réel d’un
bout à l’autre. »