Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5    

     

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 C U L T U R E L L E S

La Havane. 12 Juillet 2012

Les choses de Carilda

Barbara Vasallo et Ventura de Jesus

LA poétesse Carilda Oliver Labra fête ses 90 ans. Ni les aléas de la vie, ni les déceptions réelles ou imaginaires n’ont, semble-t-il, eu de prise sur cette femme, prix national de Littérature, qui est la démonstration que la vie vaut la peine d’être vécue.

Pas le moindre début de fatigue dans cette éminente personnalité de la culture cubaine et des lettres latino-américaines. Très bien élevée, avec une amabilité d’autrefois, elle s’exprime à voix basse et avec simplicité. Parfois, elle laisse apparaître un sourire discret, coquin, comme amusée par sa profonde imagination.

Elle regrette seulement que « les rubans pour machines à écrire aient disparu du commerce » car, dit-elle : « Je ne supporte pas les ordinateurs, je préfère écrire mes manuscrits à la machine, tard dans la nuit. Je suis une femme nocturne ».

Elle dit avoir la nostalgie de ses amis qui ont quitté Cuba, de ses parents qui sont partis rejoindre leurs petits-enfants, alors qu’elle préfère voyager « de Cuba vers Cuba », comme elle a répondu à son père quand il lui a demandé s’il lui devait lui faire un passeport. Après un bref silence, elle tente de résumer cette idée avec une autre image : «  Aucun palmier ne peut quitter Cuba. »

À propos de son incroyable vitalité, Carilda Oliver a déclaré :

« C’est une graine que pas même les problèmes n’ont pu m’arracher, car ma vie a été très dure, même si cela ne se voit pas. Tous les jours, au réveil, je remercie le soleil ».

Auteurs de titres importants très connus, son visage s’illumine quand elle parle d’ouvrages comme Se me ha perdido un hombre (J’ai perdu un homme), ou les poèmes Canto a Fidel (Chant à Fidel) et Canto a Matanzas (Chant à Matanzas). Elle avoue cependant que son livre préféré est Al sur de mi garganta (Au sud de ma gorge).

Elle parle avec admiration de personnalités illustres des lettres qu’elle a connues, comme Ernest Hemingway, Rafael Alberti, Pablo Neruda, Gabriela Mistral, Dulce Maria Loynaz, Gabriel Garcia Marquez et Mario Benedetti, entre autres.

Elle pense cependant qu’aucune personnalité de ce monde, autre que Fidel, ne possède la dimension humaine et sociale de l’homme de son temps. Et précisément, à propos de son Chant à Fidel, un poème écrit il y a 55 ans, elle dit :

« La vision que j’ai, après tant d’années, c’est qu’au-delà d’être un leader politique, Fidel est un leader humaniste et scientifique. En effet, qui s’est consacré à améliorer la médecine dans son pays pour envoyer des médecins dans d’autres pays ? »

« Le Chant, je l’ai écrit à cette époque, c’est pourquoi il est si juvénile ; c’est le chant d’une femme, une jeune fille battant la diane de guerre.

« Fidel est dans le Chant ; c’était le Fidel de l’époque, celui que je connaissais depuis l’université et je le reliais à l’antérieur. De plus, il avait une aura extraordinaire… Aujourd’hui, un Chant ne suffirait pas pour Fidel… »

En nous quittant, sur le seuil de sa porte, elle dévoile cette délicate sensualité qui l’enveloppe depuis de nombreuses années, peut-être sans qu’elle se le propose vraiment.

Elle nous confie en souriant qu’elle ne savait pas si elle devait s’habiller en vert ou en bleu dans la soirée du 5 juillet, veille de son anniversaire, et que sans doute la robe à bretelles (cadeau d’un ami), n’était pas convenable pour une femme de son âge.

Pour terminer, elle conclut, sur un ton plein d’humour, avec cette lueur qui donnait de l’éclat à ses yeux bleus dans sa jeunesse : « C’est une bonne journée pour aller là où personne ne te connaît. »
 

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