Tambours, poésie et
fleurs
pour Aponte
Madeleine Sautié Rodriguez
LES tambours de Bata Obba Illu – un groupe de musique
afro-cubaine créé par Gregorio Hernandez – ont résonné
fort et tôt dans la matinée du 9 avril sur la Place Karl
Marx, à l’intersection des rues Reina, Carlos III et
Belascoain, lors d’une cérémonie dédiée à Chango (déité
afro-cubaine), en souvenir de José Antonio Aponte, un
Cubain qui fut pendu sur cette place il y a 200 ans pour
avoir lutté pour une patrie sans esclaves.
Jorge
Risquet Valdés Valdés, membre du Comité central du Parti,
et Rafael Bernal, ministre de la Culture, étaient
présents à cette cérémonie d’anniversaire du
bicentenaire de la pendaison de ce patriote qui donna sa
vie pour une Cuba sans instruments de torture ni fouet
ni domination coloniale.
Aponte, un esclave noir affranchi, charpentier,
sculpteur et autodidacte – un fait rare à cette époque
car la majorité des esclaves étaient analphabètes –
avait intégré par tradition le Bataillon des Morenos (qui
regroupait des noirs et des métis) à La Havane, dans
lequel il fut caporal chef, ce qui lui donna du prestige
et la capacité de diriger.
Intransigeant face à l’injustice sociale, il devint
le leader d’un mouvement parfaitement organisé qui
visait un soulèvement dans toute l’île pour en finir
avec le régime esclavagiste et raciste qui sévissait à
Cuba.
Son projet d’insurrection qui avait déjà commencé
dans plusieurs points du pays échoua à la suite d’une
délation. Il fut arrêté avec plusieurs de ses plus
proches partisans. Après leur exécution, pour l’exemple,
leurs têtes furent placées dans des cages de fer, et
exposées sur cette même place où la population de ce
quartier de La Havane lui rendait hommage.
En hommage à ce précurseur de l’abolitionnisme à
Cuba, Felipe Perez, président de l’Union des historiens
de La Havane, a prononcé un discours enflammé, et les
acteurs Alden Knight et Jorgelina Hernandez ont déclamé
les vers du poète national Nicolas Guillen.
Les orateurs ont exprimé des vœux pour que cette
figure indispensable de l’histoire de Cuba soit abordée
aussi bien à l’école que dans la communauté, de même
qu’a été annoncé le dévoilement d’une sculpture, en
l’honneur de cet illustre combattant dans le quartier
qui fut témoin de cet abominable crime.
« Cependant, a alerté Heriberto Feraudi, président de
la Commission Aponte de l’Union des écrivains et des
artistes de Cuba (UNEAC), nous ne devons nous satisfaire
ni de monuments, ni d’événements théoriques, mais
promouvoir sans crainte le débat public pour identifier
et combattre tout type de fléau racial qui pourrait
sévir dans notre environnement. »
Une offrande florale déposée par l’UNEAC, les voix
d’une chorale de jeunes chanteurs, l’esprit héroïque
d’Aponte et de ses compagnons, présents parmi nous en ce
lieu où jadis ils donnèrent une véritable leçon de
patriotisme, ont conclu cette cérémonie en hommage au
premier intellectuel issu des masses populaires cubaines.