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 C U L T U R E L L E S

La Havane. 19 Avril 2012

Tambours, poésie et fleurs
pour Aponte

Madeleine Sautié Rodriguez

LES tambours de Bata Obba Illu – un groupe de musique afro-cubaine créé par Gregorio Hernandez – ont résonné fort et tôt dans la matinée du 9 avril sur la Place Karl Marx, à l’intersection des rues Reina, Carlos III et Belascoain, lors d’une cérémonie dédiée à Chango (déité afro-cubaine), en souvenir de José Antonio Aponte, un Cubain qui fut pendu sur cette place il y a 200 ans pour avoir lutté pour une patrie sans esclaves.

Jorge Risquet Valdés Valdés, membre du Comité central du Parti, et Rafael Bernal, ministre de la Culture, étaient présents à cette cérémonie d’anniversaire du bicentenaire de la pendaison de ce patriote qui donna sa vie pour une Cuba sans instruments de torture ni fouet ni domination coloniale.

Aponte, un esclave noir affranchi, charpentier, sculpteur et autodidacte – un fait rare à cette époque car la majorité des esclaves étaient analphabètes – avait intégré par tradition le Bataillon des Morenos (qui regroupait des noirs et des métis) à La Havane, dans lequel il fut caporal chef, ce qui lui donna du prestige et la capacité de diriger.

Intransigeant face à l’injustice sociale, il devint le leader d’un mouvement parfaitement organisé qui visait un soulèvement dans toute l’île pour en finir avec le régime esclavagiste et raciste qui sévissait à Cuba.

Son projet d’insurrection qui avait déjà commencé dans plusieurs points du pays échoua à la suite d’une délation. Il fut arrêté avec plusieurs de ses plus proches partisans. Après leur exécution, pour l’exemple, leurs têtes furent placées dans des cages de fer, et exposées sur cette même place où la population de ce quartier de La Havane lui rendait hommage.

En hommage à ce précurseur de l’abolitionnisme à Cuba, Felipe Perez, président de l’Union des historiens de La Havane, a prononcé un discours enflammé, et les acteurs Alden Knight et Jorgelina Hernandez ont déclamé les vers du poète national Nicolas Guillen.

Les orateurs ont exprimé des vœux pour que cette figure indispensable de l’histoire de Cuba soit abordée aussi bien à l’école que dans la communauté, de même qu’a été annoncé le dévoilement d’une sculpture, en l’honneur de cet illustre combattant dans le quartier qui fut témoin de cet abominable crime.

« Cependant, a alerté Heriberto Feraudi, président de la Commission Aponte de l’Union des écrivains et des artistes de Cuba (UNEAC), nous ne devons nous satisfaire ni de monuments, ni d’événements théoriques, mais promouvoir sans crainte le débat public pour identifier et combattre tout type de fléau racial qui pourrait sévir dans notre environnement. »

Une offrande florale déposée par l’UNEAC, les voix d’une chorale de jeunes chanteurs, l’esprit héroïque d’Aponte et de ses compagnons, présents parmi nous en ce lieu où jadis ils donnèrent une véritable leçon de patriotisme, ont conclu cette cérémonie en hommage au premier intellectuel issu des masses populaires cubaines.
 

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