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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 21 Juin 2012 

LE SAUVETAGE DE L'ESPAGNE
L'argent de la discorde

Sergio Alejandro Gomez

FINALEMENT, ce qui n’était que rumeurs dans les couloirs de la Commission européenne (CE) et un secret de polichinelle au Palais de la Moncloa s’est confirmé. L’Espagne a demandé une aide de 100 milliards d’euros pour assainir ses banques, soucieuses de corriger les excès de plusieurs années de spéculation.

Le gouvernement de Mariano Rajoy a qualifié cette opération de « victoire nationale », et il considère ce plan d’aide comme une manière de se démarquer des sauvetages précédents accordés à l’Irlande, au Portugal et à la Grèce en échange de sévères mesures d’austérité dans les domaines économique, politique et social.

Il a précisé que cette enveloppe de 100 milliards d’euros à l’Espagne n’impliquait aucune condition pour les politiques d’État, qu’il n’y aurait aucune condition de réformes économiques « hors du domaine du secteur financier », que cette aide sera injectée dans le fonds public espagnol d’aide au secteur (Frob), qui attribuera cet argent aux « banques qui le demandent », à la différence du reste des pays ayant fait l’objet de sauvetages, comme la Grèce, qui menace de quitter la zone euro.

Quelques jours avant le lancement de la nouvelle, le ministre du Budget espagnol Cristobal Montoro avait affirmé que « les hommes en noir » (la troika UE-BCE-FMI) ne viendraient pas dans son pays.

Cependant, de nombreux analystes doutent que l’Europe ait accordé ce prêt à l’Espagne sans rien demander en échange, et ils estiment que les implications de ce sauvetage pourraient aller bien au-delà de tout ce qui a été dit jusqu’à ce jour. À cet égard, le commissaire européen à la Concurrence Joaquin Almunia a assuré que « personne ne prête de l’argent gratuitement. On veut toujours savoir ce qui en est fait ».

Pour sa part, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schaeuble a annoncé qu’une commission d’experts de la troïka serait chargée de superviser la restructuration du secteur bancaire espagnol, en précisant qu’elle doit se circonscrire à la sphère financière. Almunia a révélé quant à lui que le FMI supervisera le sauvetage espagnol, mais ne participera pas avec des fonds propres.

Autrement dit, les « hommes en noir » dont parlait Montoro ont déjà préparé leurs valises pour débarquer à Madrid.

Un autre sujet de controverse : la manière dont seront gérés ces 100 milliards – ils représentent 10% du Produit intérieur brut de l’Espagne – d’euros pour les banques, à un moment où l’on procède à des coupes franches dans des secteurs clés comme l’éducation et la santé pour réduire le déficit public qui s’est élevé à 8,9% en 2011, et qui doit être ramené à 3% dans environ deux ans.

Mariano Rajoy a insisté sur le fait que cet argent ne serait pas comptabilisé comme un déficit, mais les dernières informations tendent à prouver le contraire. L’organisme des statistiques de l’Union européenne (Eurostat) a confirmé que le sauvetage bancaire de cent milliards d’euros de l’Eurogroup pour l’État espagnol comptera comme une dette et aura des conséquences sur le déficit public. « Le crédit accepté par le Gouvernement espagnol augmentera directement la dette publique et aura un impact direct sur le déficit de dépenses des intérêts de l’emprunt », est-il précisé dans un communiqué.

La solution évoquée en Espagne serait que les montants transitent par le Fonds de restructuration ordonnée des banques (Frob), un organisme public, dans le cadre d’un programme consacré spécifiquement aux banques. De sorte que l’État et les citoyens devront se porter garants de la dette et socialiser les pertes de ces mêmes entités financières qui aujourd’hui chassent des milliers de citoyens de leurs maisons.

Par ailleurs, les conditions spéciales que l’Union européenne semble avoir accordées à l’Espagne pourraient pousser le reste des pays « sauvés » à demander une renégociation dans de meilleurs termes de leurs propres accords avec le bloc.

La question qui se pose à présent est de savoir si ces 100 milliards suffiront à restituer la confiance des marchés dans la monnaie commune européenne, et à préserver la cohésion d’une Eurozone chaque fois plus fragile. •

 

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