LEINIER Dominguez, avec 2 730 points ELO, est
aujourd’hui le meilleur joueur d’échecs d’Amérique
latine. Il est connu de l’élite mondiale de cette
discipline, en digne héritier du génie cubain José
Raul Capablanca, considéré comme l’un des meilleurs
joueurs d’échecs de tous les temps.
Actuellement 20e du classement mondial de la
Fédération internationale d’échecs (FIDE), Leinier a
accepté de livrer ses impressions au quotidien
Granma. Ce joueur talentueux a comme philosophie qu’« il
est toujours possible de faire mieux. J’essaie de
mener une vie normale, de trouver l’équilibre
parfait entre le sport et la famille. Les deux sont
complémentaires, ce qui m’a aidé à rester concentré
et confiant, pour être performant… »
À l’âge de 17 ans vous avez remporté le titre de
Grand maître au tournoi Open de Linares, en juillet
2005, avec 25 points. Aujourd’hui vous avez franchi
le cap des 2 700 points ELO. Ressentez-vous une
pression quelconque ?
La pression existe toujours. Je suis certes
devenu grand maître très jeune, mais cela m’a permis
de me mesurer à des adversaires d’un niveau
supérieur depuis que j’avoisinais les 2 650 points
ELO. Par contre, j’ai eu pas mal de pression à
l’approche des 2 700 points. Le coefficient ELO ne
doit pas t’empêcher de développer ton jeu.
Des adversaires compliqués ? Vos résultats face à
eux ?
Tous les joueurs de l’élite sont des adversaires
difficiles. D’après mes résultats, je citerais le
Norvégien Magnus Carlsen (2 835). Mais il y a une
super élite composée de Carlsen, de l’Arménien Levon
Aronian (2 820), du Russe Vladimir Kramnik (2 801)
et de l’Indien Viswanathan Anand (2 799). C’est un
mélange de talent et de travail. Carlsen est peut-être
le moins travailleur, mais c’est le plus génial.
Vient ensuite un groupe de joueurs très forts,
aux ELO supérieurs à 2 700, où figure l’Ukrainien
Vassily Ivanchuk. C’est un joueur au style de jeu
très universel. Il n’est peut-être pas très stable,
mais il est redoutable quand il est en forme. Il
fait très peu de matches nuls. Pour moi, c’est l’un
des meilleurs joueurs de l’histoire.
On a remarqué que vous faites pas mal de matches
nuls quand vous êtes en forme…
Parler de forme optimale est une chose assez
compliquée. Il faut un parfait équilibre entre
l’entraînement et le jeu, ce qui te permet de mieux
calculer les variantes et d’avoir une meilleure
capacité d’anticipation. L’idéal est d’équilibrer
cela avec la composante physique. Par exemple, entre
la fin de 2010 et le début de 2011 j’ai très peu
joué, et c’est probablement la cause de ma baisse de
forme qui a duré jusqu’à octobre dernier.
Quant aux matches nuls, cela dépend du niveau du
tournoi auquel tu participes. C’est une tendance du
jeu d’échecs actuel. Je ne vais jamais chercher un
match nul. Mon style de jeu est plutôt agressif.
Que pensez-vous du Championnat national ?
J’aime me mesurer à mes compatriotes. Et j’estime
juste le nouveau format de ce tournoi pour préserver
l’Elo de Lazaro Bruzon et le mien.
Mauvais moments ? L’impact des nouvelles
technologies ?
Je me souviens avoir très bien terminé l’année
2004. J’ai terminé 5e aux Championnats du monde de
Tripoli, j’avais eu un rendement de 2 808 au Tournoi
Capablanca de cette année, et je m’étais très bien
débrouillé comme premier échiquier aux Olympiades de
Calvia. Cependant, en 2005 j’ai connu une baisse de
régime, mais j’ai réussi à me remotiver et à sortir
de cette mauvaise passe. Pour ce qui est des
technologies modernes, je dois dire que des
programmes très sophistiqués ont été mis au point au
cours des dix dernières années ; ils peuvent
envisager une quantité énorme de variantes. Ils ont
contribué à l’évolution des échecs. Mais il est
toujours essentiel de bien se préparer, d’avoir une
bonne équipe et de savoir doser intelligemment les
tournois en fonction de l’Elo.
La famille et d’autres passions ?
Ma famille est très importante pour moi. Elle m’a
beaucoup aidé dans ma carrière. Les échecs ont fait
de moi une meilleure personne. Comme supporter, j’ai
beaucoup d’admiration pour les Industriales,
l’équipe de baseball de La Havane, et en foot pour
le Real Madrid. J’aime aussi faire du tennis pour
améliorer mes conditions physiques.
L’avenir ?
Je suis optimiste. J’ai toujours adoré les échecs.
Le sais que je pourrais leur accorder davantage de
temps, mais je préfère suivre ma philosophie de
l’équilibre. »
Ainsi conclut Reinier Dominguez, qui a franchi le
cap des 2 700 points en juillet 2008.